En haut de la côte,
l’arrivée d’un concurrent

3ème de la catégorie des motocycles
M. Et. Giraud, 1er de la catégorie des voitures à pétrole.

Le vainqueur, M Jenatzy, dans sa voiture électrique M. H.Farma

27 NOVEMBRE 1898

COURSE DE COTE AUTOMOBILE A CHANTELOUP LES VIGNES

La course de côte de Chanteloup-les-Vignes – première course de côte organisée dans le monde – se déroula, pour la première fois, le 27 Novembre 1898 sur l’initiative de Monsieur Paul Meyan, Directeur de « La France Automobile ».

Elle fut disputée en 1898 et 1899 sur une distance de 1782 mètres, sa rampe représentant un pourcentage de près de 10 % sur plus de 600 mètres et de près de 6 % sur les autres 1100 mètres, il s’agissait donc d’une côte très difficile.

Son organisation fut interrompue jusqu’en 1926, date à laquelle elle fut reprise à l’initiative et sous l’égide de l’AUTOMOBILE CLUB DE L’ILE DE FRANCE mais sur une longueur de 1200 mètres seulement avec un pourcentage variant de 3.6 % à 10 %.

La course eut lieu régulièrement tous les ans, sauf en 1932 où le trop mauvais état de la chaussée empêche son organisation.

La dernière édition de la course eut lieu en 1935, l’ACIF en arrête l’organisation suite aux trop nombreux accidents survenus dans les diverses courses de côte courant 1934 et 1935 .

LA COURSE DE CÔTE DU 27 NOVEMBRE 1898

La pluie qui tombait sans relâche, en ce matin du 27 Novembre 1898 ne parvenait pas à assourdir le bruit des activités rurales traditionnelles du village. Bien sûr, les loups ne venaient plus chanter depuis longtemps aux abords des habitations, mais en ce dimanche de fin d’automne, c’est bien le chant d’une nouvelle race de fauve que les habitants s’apprêtaient à écouter, des bêtes encore très jeunes, sauvages, capricieuses et quelque fois dangereuses que ces « voitures sans chevaux » menés par quelques originaux intrépides et fortunés.

C’est à l’initiative de Monsieur Paul MEYAN, Directeur du journal « La France Automobile » qu’eût lieu cette manifestation, il s’agissait en fait de parcourir 1820 mètres de côte avec une dénivellation moyenne d’environ 7 % pouvant atteindre presque 11 % sur certains tronçons … une folie. Tous les « chauffeurs », propriétaires ou constructeurs quittèrent Paris le matin même dans la griserie de la vitesse, pour participer ou simplement assister à cette épreuve.

Vers dix heures, la pluie ayant cessé, les magnifiques coteaux plantés de vignes s’offraient à nouveau aux regards des voyageurs. Quelques centaines de curieux, descendus du chemin de fer de la ligne d’Argenteuil se tenaient le plus souvent là, impatients et trépignant à l’arrivée de chaque véhicule maculé de boue. Les habitants se tenaient le plus souvent sur le parcours, ou simplement devant leur porte. L’on pouvait alors estimer l’ensemble des personnes présentes à un millier environ, cela ne s’était jamais vu à Chanteloup. Parmi ces visiteurs, de nombreuses personnalités, des fabricants et des ingénieurs déjà bien connus du petit monde de l’automobile : MM Bollée Père et Fils, M et Mme Serpollet, MM André Michelin ; de Dietrich, Jeantaud, Charron, Mors, Brasier, Doriot, Farman et bien d’autres.

Il est dix heures vingt deux minutes précises lorsque le passage à niveau qui coupe la route de Carrières sous Poissy et sert de barrière aux concurrents libère le premier d’entre eux qui se lance aussitôt dans la montée. Les autres participants arrivent au départ selon la place occupée dans un cortège qui s’étire entre les deux rangées d’arbres sur près d’un kilomètre. La plupart d’entre eux ont allégé leur véhicule au maximum, enlevant sièges et coussins superflus. Le règlement prévoyait la disqualification de ceux qui feraient pousser leur véhicule, au départ ou sur le parcours, et la route, rendue glissante par la boue imposait de grandes précautions, notamment dans les trois virages les plus dangereux juste au dessus de l’église.

En fait, 57 concurrents prirent effectivement le départ, et 52 seulement purent terminer l’épreuve jusqu’au point de contrôle d’arrivée en haut de la côte.

C’est Jenatzi qui emporta l’épreuve sur une voiture électrique, en 3 minutes 52 secondes, à la vitesse moyenne fort honorable de 28.24 kilomètres heure, puis ce sont les voiturettes et les tricycles qui firent les meilleurs temps.

Il ne fallut pas moins de 22 minutes 15 secondes au dernier concurrent classé pour parcourir les 1280 mètres.

Vers midi, tous les concurrents, organisateurs et invités redescendirent la côte, et c’est une caravane de près de cent voitures qui se dirigea à toute vitesse en direction du restaurant l’Esturgeon sur les bords de Seine à Poissy. Heureuse époque où tout le monde fut unanime à la course. Au champagne, le Président de l’Automobile Club de France porta un toast à l’organisateur, Monsieur Meyan qui remercia à son tour les participants.

Le retour vers Paris s’effectua par Maisons-Laffitte, Saint-Germain-en Laye et la côte du Pecq. Un véhicule dont les freins étaient serrés ayant dérapé sur le pavé s’est alors renversé, ce fut la seule ombre au tableau de cette journée mémorable.

Chanteloup-les-Vignes, petit village tranquille et pittoresque de Seine et Oise avait réussi ce jour là, non seulement à prouver au public que le reproche si souvent fait aux automobiles, de ne pas monter les côtes n’avait plus lieu d’être, mais avait surtout été sans bien le réaliser alors, le premier banc d’essai du genre, d’une industrie qui en moins d’un quart de siècle a transformé le monde.

Le palmarès

Jenatzy sur voiture électrique 3 mn 52 s

Jamin sur voiture Léon Bollée 4 mn 02 s et 4/5

Marcellin sur tricycle Phébus 4 mn 05 s

Henri Farman sur tricycle Phébus 4 mn 11 s et 4/5

Osmont sur tricycle De Dion Bouton 4 mn 18 s et 2/5

Marcellin sur tricycle Gaillardet 4 mn 32 s et 1/5

Et. Giraud sur voiture Amédée Bollée 4 mn 36 s et 3/5

Charron sur voiture Panhard & Levassor 4 mn 42 s et 1/5

Breuil sur voiture Peugeot 4 mn 44 s

Tart sur tricycle De Dion Bouton 4 mn 47 s


1899…………1935

Les deux premières éditions de la course de côte de Chanteloup les Vignes ont eu lieu en 1898 et 1899, après une interruption de 25 ans elles reprirent en 1926, la longueur du parcours a été ramenée à 1200 mètres et les courses se répètent jusqu’en 1935 avec un arrêt en 1932 du au mauvais état de la chaussée.

Les deux premières épreuves furent remportées par JENATZY sur une voiture électrique en 3’52 » en 1898, soit une moyenne de 28km/h, l’année suivante 34km/h, notons que le dernier de l’épreuve a mis 22’15 » pour effectuer la montée.

A partir de 1926, Les professionnels sont arrivés avec Bugatti, Delahaye, Salmon, Amilcar, Peugeot, Rosengart, Walcker et Chenard. La course automobile fut doublée d’une course moto avec Harley-Davidson, Terrot, Gillet-Herstal, Indian et Sunbeam.

Le record absolu de l’épreuve est détenu par José SCARON sur Almicar 1100 en moins d’une minute. Une série d’accidents très graves survenus sur d’autres courses de côte dans la région ont sonné le glas de cette épreuve. Depuis 1992, chaque année au printemps, se déroule une épreuve réservée aux voitures anciennes.

En 1926, le PETIT REVEIL relatait:

« Pour la huitième fois, l’automobile club de l’Ile de France organisera le dimanche 18 mars prochain, la classique course de côte de Chanteloup (Seine et Oise) qu’il rénova en 1926. Comme les années précédentes, cette épreuve aura lieu sous les règlements généraux de l’UMF et de l’ACF. Elle est ouverte à tous les véhicules automobiles à 2,3 et 4 roues, c’est à dire aux motocyclettes, side-cars et cyclecars et aux voitures de toutes cylindrées de course, de sport et de tourisme. Le pourcentage de la côte varie de 3,6% à 10,6%.

Les droits d’engagement sont ainsi fixés : 20F pour les motocyclettes, 30F pour les side-cars et les cyclecars, 50F pour les voitures de tourisme, 75F pour les voitures sports et 100F pour les voitures de course. Tous ces droits sont déduits de moitié en faveur des sociétaires de l’ACIF.

Les concurrents pourront effectuer trois tentatives. Le premier départ sera donné à 14 heures très exactement. Des maquettes de bronze, d’argent et de vermeil récompenseront les vainqueurs.

Rappelons que le record de la Côte de Chanteloup appartient pour les voitures à SCARON sur Amilcar course 1100cm3 en 1’00 » 6/100 (moyenne 71,928 km/h) et pour les motocyclettes à STRAUB amateur MCF sur moto 500cm3 en 1’01 » 72/100è (moyenne 69,993 km/h)


Le comte Chasselop Laubat sur voiture Jeantaud

Course de côte de Chanteloup

Une nouvelle formule de course automobile était née, qui connaissait déjà un vif succès (lequel se poursuivra jusqu’à la seconde guerre mondiale) : la course de côte.

La plus célèbre était alors celle de Chanteloup, près du passage à niveau d’Argenteuil. De 2 % au départ, la côte atteignait 10 % vers l’arrivée 1 800 mètres plus loin.

Les essais confirmèrent Chasseloup-Laubat. Sa voiture grimpait plus vite que les plus rapides à pétrole (celles à vapeur trop lourdes étant déjà hors course).

Pourtant le jour de la course, il remarque l’arrivée parmi les concurrents d’une lourde « wagonnette » ne payant guère de mine, celle d’un jeune belge fabricant de fiacres électriques assez lents : Camille Jenatzy.

Une pluie torrentielle s’abat sur la course et Chasseloup-Laubat ne pourra même pas prendre le départ, ses chaînes sautant à chaque démarrage.

C’est Jenatzy qui enlèvera l’épreuve, et ce sera le début d’un duel épique entre ces deux adeptes de l’automobile électrique, qui tour à tour seront « l’homme le plus rapide du monde », et pour Jenatzy du moins, le premier à avoir franchi le « mur » des 100 km/h, une vitesse qui semblait inaccessible encore en cette dernière année du dix neuvième siècle ! En tous cas, pendant un temps, tous deux « survoleront » nettement les voitures à pétrole et à vapeur (encore que pour ces dernières Serpollet créera « la surprise » en étant le premier à Nice, à dépasser les 120 km/h).

Mais pendant que les deux hommes se volent mutuellement la victoire, faisant par le retentissement de leurs exploits successifs une immense publicité à l’automobile électrique, d’autres travaillent… et pas seulement du côté des « vaporistes » et des « explosants ».

Des constructeurs nouveaux de ce véhicule électrique qui paraît vraiment devoir être alors « la voiture de l’avenir », ont fait leur apparition, (Krieger, Mildé, Hautier) et deviennent à leur tour des concurrents redoutables… »

Gilbert Lecat, le Distributeur Automobile, 1988


Jenatsy

Camille Jenatzy est un ingénieur belge né à Schaerbeek en 1868 et mort en 1913, d’un accident de chasse.

Fils de Constant Jenatsy, fabricant de produits manufacturés à base de caoutchouc, notamment de pneus, nouveaux pour l’époque. Camille as fait des études d’ingénieur en électricité. Il s’intéresse à la traction électrique des automobiles, qu’il met en application dès1898

Ingénieur réputé et pilote de grand talent, il fait construire selon ses plans plusieurs types de voitures et notamment des fiacres électriques pour la compagnie internationale des transports automobiles, il est le créateur du fameux « 1600 », le premier fiacre public a circuler dans Paris.

Désirant se faire une place dans le marché très prometteur des fiacres parisiens, il y crée une usine qui produira beaucoup de fiacres et de camionnettes électriques. Il avait un redoutable concurrent en la personne du carrossier Jeantaud contre lequel il ne cessait de se battre à coup de publicité basée sur la vitesse des véhicules.

Dans ses efforts de publicité pour la propulsion électrique, il prend le départ, avec 57 autres concurrents, de la 1ère course de côte automobile du monde le 27 Novembre 1898 à Chanteloup les Vignes et remporte cette épreuve crée sur l’initiative de Mr Paul MEYAN, directeur de « La France Automobile ».

Surnommé « le diable rouge » à cause de son intrépidité mais aussi en raison de la couleur de sa barbe et de ses cheveux, ce belge court toujours avec une cagoule rouge.

Pour asseoir définitivement la notoriété de sa société, Jenatzy construit un prototype en forme d’obus réalisé par le carrossier Rothschild en partinium (alliage d’aluminium, de tungstène et de magnésium laminé). C’est grâce à cette voiture, surnommée la « jamais contente » qu’Il devient le premier homme à dépasser la vitesse de 100 km/h le 29 Avril 1899 à Achères.

Le record a été possible grâce à deux moteurs électriques placés à l’arrière entre les roues (marque Postel-Vinay), d’une puissance maximale totale de 50 kW (environ 68 chevaux). L’alimentation se faisait par batteries d’accumulateurs Fulmen (80 éléments), qui représentaient près de la moitié du poids total qui était de 1,5 tonne. Les moteurs étaient en branchement direct sur les roues arrière motrices.

Il remporte également, le 23 Juillet 1903, la coupe Gordon Bennet au volant d’une Mercédes 60 cv équipé d’un allumage Bosch et de pneus Continental, deux marques que Jenatsy affectionnait particulièrement

À la mort de son père, il doit reprendre la manufacture de caoutchouc, ce qui ne l’empêche pas de rester un excellent pilote de course. En 1909, il atteint 200 km/h à Ostende à bord d’une Mercedes.


Camille Jenatzy avec la Jamais Contente

voiture au musée de Compiègne.

La jamais contente

Ingénieur réputé et pilote de grand talent, le Belge Camille Jenatzy (1868-1913, dit « le Diable Rouge » à cause de sa Barbe rousse) fit construire, selon ses plans, plusieurs types de voitures, notamment des fiacres électriques, par la Compagnie internationale des transports de Paris.

En 1898, pour asseoir définitivement la notoriété de sa société, Camille Jenatzy construit un prototype sur l’un de ses chassis hautement transformé, équipé de 2 moteurs et d’une légère carrosserie en forme d’obus réalisé par le carrossier Rothschild en partinium (alliage d’aluminium, de tungstène et de magnésium laminé) profilée pour s’attaquer au record de vitesse/heure que détenait alors le comte de Chasseloup-Laubat. C’est grâce à cette voiture, surnommée la « jamais contente » qu’Il devient le premier homme à dépasser la vitesse de 100 km/h le 29 Avril 1899 à Achères.

Pilotée par Jenatzy, la jamais contente couvrit sur la route d’Achères, le kilomètre lancé en 34″ (105,879 km/h) et le kilomètre départ arrêté en 47″ 4/5, La vitesse atteinte fut de 105,882 km/h, pulvérisant ainsi le record du comte Gaston de Chasseloup-Laubat qui était de 92,78 km/h sur la Janteaud en date du 4 mars 1899.

Cette voiture est propulsée par 2 moteurs électriques placés à l’arrière entre les roues (marque Postel-Vinay), d’une puissance maximale totale 50 kW (67 chevaux). L’alimentation est réalisée par batteries d’accumulateurs Fulmen (80 éléments), pour près de la moitié du poids total. Les moteurs attaquaient directement les roues arrières, avec la possibilité de couplage des moteurs en série ou en parallèle, donnant 6 allures de marche, commande par pédale. Les suspensions sont par ressorts semi-elliptiques à l’avant et par doubles ressorts semi-elliptiques à l’arrière, la direction à barre franche est commandée par levier, les freins à tambours à l’arrière sont également commandés par levier, les pneus et les roues sont des Michelin spéciaux.

La longueur est de 3.60 m, la largeur de 1,56 m, pour un empattement de 1,82 m et des voies avant de 1,34 m et arrière de 1,28 m, le poids à vide est de 1500 Kgs

Grâce à cet ensemble de dispositions spéciales, La Jamais contente pourrait certainement dépasser l’énorme vitesse qu’elle a obtenue dans son célèbre record. Ce jour-là, en effet, la route d’Achères, sur laquelle elle courait, était loin d’être en bon état, la pluie des jours précédents l’avait détrempée et on a observé une diminution de vitesse due au roulage des pneus sur une boue collante.

La vitesse maxima d’un tel véhicule ne pourrait pas être tenue longtemps, car les accumulateurs, pour un effort pareil, se déchargent vite ; mais à la vitesse de 8o à 90 kilomètres/heure, M. Jenatzy a pu rouler pendant 45 minutes sans décharger sa batterie d’accumulateurs. Il peut, de même, marcher à une vitesse beaucoup plus modérée et faire, au besoin, de son torpilleur une voiture de promenade, quoiqu’il y ait lieu de remarquer que, pour un long trajet, on manquerait un peu de confort dans une voiture de course, où naturellement toute la place a été réservée aux divers organes de propulsion.

Après cet exploit le moteur à explosion et à essence supplantera pour le siècle suivant la technologie électrique.

Le véhicule est exposé au musée de la voiture de Compiègne.

Une réplique exacte, en état de fonctionnement, a été réalisée en 1993, à l’initiative du Lions Club de l’aéroport du Bourget, par des élèves ingénieurs de l’université de technologie de Compiègne sous le direction de Christian Wannyn.

Palmarès à Achères 1899, course de vitesse pure lancée par le journal La France Automobile :

17 janvier : 54 s au kilomètre lancé (66.667 km/h)
27 janvier : 44 s (81.818 km/h)
1er avril : 1e essai à Achères, non homologué pour chronométrage ne présentant pas de garanties suffisantes.
29 avril : 34 s soit 105.882 km/h (franchissement de la « barre des 100 km/h). Il réalise le kilomètre lancé à 105,580 km/h.
1er mai : 105,882 km/h, 120 km/h en pointe.